DORINE
L'exemple est admirable, et cette dame est bonne:
Il est vrai qu'elle vit en austère personne;
Mais l'âge, dans son âme, a mis ce zèle ardent,
Et l'on sait qu'elle est prude, à son corps défendant,
Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages,
Elle a fort bien joui de tous ses avantages:
Mais voyant de ses yeux tous les brillants baisser,
Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer;
Et du voile pompeux d'une haute sagesse,
De ses attraits usés, déguiser la faiblesse.
Ce sont là les retours des coqu
(...)ettes du temps.
Il leur est dur de voir déserter les galants.
Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude
Ne voit d'autre recours que le métier de prude;
Et la sévérité de ces femmes de bien,
Censure toute chose, et ne pardonne à rien;
Hautement, d'un chacun, elles blâment la vie,
Non point par charité, mais par un trait d'envie
Qui ne saurait souffrir qu'une autre ait les plaisirs
Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs.
MADAME PERNELLE
Voilà les contes bleus qu'il vous faut, pour vous plaire.
Ma bru, l'on est, chez vous, contrainte de se taire ;
Car Madame, à jaser, tient le dé tout le jour:
Mais enfin, je prétends discourir à mon tour.
Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage,
Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage;
Que le Ciel au besoin l'a céans envoyé,
Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé;
Que pour votre salut vous le devez entendre,
Et qu'il ne reprend rien, qui ne soit à reprendre.
Ces visites, ces bals, ces conversations,
Sont, du malin esprit, toutes inventions.
Là, jamais on n'entend de pieuses paroles,
Ce sont propos oisifs, chansons, et fariboles;
Bien souvent le prochain en a sa bonne part,
Et l'on y sait médire, et du tiers, et du quart.
Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées,
De la confusion de telles assemblées:
Mille caquets divers s'y font en moins de rien;
Et comme l'autre jour un docteur dit fort bien,
C'est véritablement la tour de Babylone,
Car chacun y babille, et tout du long de l'aune
Et pour conter l'histoire où ce point l'engagea…
Voilà-t-il pas Monsieur qui ricane déjà?
Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire;
Et sans… Adieu, ma bru, je ne veux plus rien dire.
Sachez que pour céans j'en rabats de moitié,
Et qu'il fera beau temps, quand j'y mettrai le pied.
(Donnant un soufflet à Flipote.)
Allons, vous; vous rêvez, et bayez aux corneilles;
Jour de Dieu, je saurai vous frotter les oreilles;
Marchons, gaupe, marchons.